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Les crottes fossiles de dinosaures et animaux préhistoriques (coprolithe)

Les « crottes » (coprolithes) fossiles de dinosaures et autres animaux préhistoriques. Coprolithe signifie littéralement « crotte- pierre » (du grec).

Comment se sont-ils formés et surtout comment n’ont ils pas disparus ?

Ces restes fossilisés proviennent soit de l’intestin d’animaux fossiles où l’on retrouve des excréments qui ont été excrétés. Difficile d’imaginer, surtout dans l’eau, qu’ils n’aient pas été immédiatement désagrégés. Paradoxalement, c’est chez les poissons et les reptiles marins que l’on trouve le plus de coprolithes fossiles malgré la présence d’eau qui aurait du les désagréger.

Quoi de plus vexant que de voir d’innombrables parties dures comme les os et les dents vandalisées par l’érosion et de trouver presque formées comme au premier jour ces ex matières molles. En fait, la fossilisation de très bonne qualité de ces fossiles est due à la grande teneur en phosphore qui favorise la fossilisation.

Coprolithe de Tyrannosaurus Rex.

Coprolithe de Tyrannosaurus Rex.

En forme de nodules ou torsadés, ils sont constitués des restes pulvérisés indigestes des proies traitées par le tube digestif, tel que os, écailles, dents et coquilles, capables de résister aux sucs digestifs. Ils sont chimiquement parlant des phosphates. La pétrification a assuré leur conservation, des sels minéraux ont remplacé, molécule par molécule, en gardant parfaitement la forme, mais pas la nature, ces « crottes ».

Il est bien sûr très difficile de faire correspondre un coprolithe avec son producteur, sauf dans de rares cas particuliers comme celui des requins. En effet, l’intestin des requins est spiralé et moule parfaitement de futurs coprolithes. Ces coprolithes de requins montrent des rainures spécifiques caractéristiques des vannes en spirale de l’intestin de requin.

Coprolithe de Tyrannosaurus Rex vieux de de 65 millions d’années découvert au Canada (détail de la "crotte" ci-dessus).

Coprolithe de Tyrannosaurus Rex vieux de de 65 millions d’années découvert au Canada (détail de la « crotte » ci-dessus).

Mais les coprolithes ont surtout l’intérêt de révéler, quand on les coupe ou que l’on en fait des lames minces, le régime alimentaire et en conséquence l’écosystème dans lequel ils ont été émis. Dans le cas des ichtyosaures, des reptiles marins, à Cambridge et à Oxford sont exposés des coprolithes trahissant le régime cannibale puisqu’on y a retrouvé des petites vertèbres de jeunes ichtyosaures.

Et même à l’intérieur du corps d’un ichtyosaure, on peut visualiser des petits coprolithes en préparation. On a aussi trouvé 200 rostres de bélemnites bloqués dans l’estomac d’un requin Hybodus, ou dans des ichtyosaures, qui devaient les régurgiter ou risquer la mort par occlusion.

Crottes fossiles de dinosaures.

Crottes fossiles de dinosaures et paléontologue spécialisée dans l’étude des coprolithes (« crottes fossiles »).

On peut aisément imaginer que ces rostres pointus très solides, en aragonite, ne pouvaient pas être dissous par le suc gastrique qui pourtant a commencé à corroder la surface des rostres. Ce lest alourdissant l’animal devait provoquer sa chute au fond de l’eau et de vives douleurs de l’estomac. C’est pourquoi lesté, il se laissait couler, régurgitait sur le fond en donnant une masse de rostres pêle-mêle mais bien concentrés, comme on les trouve des millions d’années plus tard dans les roches de Whitby en Angleterre, ou en Allemagne à Eichstätt au musée Blumenberg.

Le paléontologue anglais William Buckland ne manquait pas d’humour en servant le thé sur une table basse constituée de tranches de coprolithes. Cette table est conservée au musée Filpot à Lyme Regis dans le Dorset.

Au musée de l’université de Cambridge, on peut se procurer un article racontant comment des anglais ont fait fortune en exploitant les très nombreux nodules phosphatés des sables verts, qui n’étaient pas tous des coprolithes mais en contenaient beaucoup.

La seule industrie à Cambridge au 19ème siècle fut l’exploitation industrielle des coprolithes. Les anglais trouvèrent là un bon engrais qu’il ne fallait plus faire venir de loin. Ces super phosphates en enrichirent plus d’un, il y eut même de l’exportation ! Des fortunes considérables se sont bâties là-dessus. En 1877, on produit quasiment tout l’engrais phosphaté de Grande Bretagne avec 54 000 tonnes produites donnat un bénéfice de 150 000 livres.

Exploitation des nodules phosphatés des Sables verts de la Meuse et des Ardennes au XIXème siècle.

Exploitation des nodules phosphatés des Sables verts de la Meuse et des Ardennes au XIXème siècle.

La découverte du Professeur Henslow.

Les fossiles osseux étaient déjà connus sur la côte de l’Essex et du Suffolk dans les années 1840. Mais c’est le Professeur Henslow qui attira l’attention sur les nodules de phosphate des alentours de Cambridge qu’il nomma coprolithes plus tard lors d’un meeting de l’Association Britannique pour le Progrès des Sciences en 1845. Il les décrivit comme appartenant à la strate des sables verts, jamais plus épaisse que de un pied, qu’ils sont dispersés sur une surface de plusieurs miles carrés aux alentours de Cambridge et qu’il serait intéressant de les collecter.

John Ball de Burwell avait collecté quelques nodules en 1851, extraits et traités à l’acide comme faisaient les gens à cette époque, avec du sang et des os pour en faire un fertilisant. Après 1850 une vraie industrie d’exploitation des coprolithes s’est mise en route, avec une activité maximale entre 1870 et 1880, puis elle dépérit dans la dernière décade du siècle en tant que source de phosphate meilleure marché. Le dernier en activité dans la zone de Cambridge ferma en 1898.

Parmi les fossiles associés à ces coprolithes, on trouva beaucoup d’organismes marins, bivalves (Aucellinacoquandiana), brachiopodes (Orbirhynchia parkinsoni), ammonites (Mortoniceras kiliani), rostres de bélemnites (fossile en forme de balle). Mais avec ces petits fossiles, on a aussi trouvé de grands ichtyosaures, beaucoup de variétés de poissons, des ptérosaures ichtyophages comme le Criorhynchus et même de pauvres débris de dinosaures mal conservés. Cela se passait au Gault, une époque géologique, il y a 110 millions d’années.

Les coprolites peuvent, après analyse en lame mince révéler une découverte importante. En Inde, on a trouvé dans des terrains Crétacé des tissus végétaux silicifiés, les phytolithes. Ils trahissent la présence de fossiles végétaux non retrouvés, des Poaceae, autrement dit des herbes en 5 taxons, ce qui implique par sa diversité que ces herbes étaient suffisamment diversifié et dispersé au Gondwana avant l’isolation de l’Inde. Ces phytolithes suggèrent aussi que les producteurs des crottes, des sauropodes titanosaures, s’alimentaient dans une large gamme de plantes. Ceci a aussi rendu plausible que les mammifères aux dents jugales hypsilophodontes du Gondwana étaient herbivores.

Du coté des dinosaures, on a retrouvé un coprolithe associé à un Tyrannosaure, il montrait des débris d’os prouvant que le T. Rex pulvérisait les os et les mangeait comme les hyènes, grâce à ses dents très solides et une musculature des mâchoires impressionnante.

En effet, un coprolithe de Tyrannosaurus Rex remarquable a été découvert près de la rivière Frenchman dans province de la Saskatchewan, au Canada. Il est vieux de 65 millions d’années. Ce fossile contient des fragments d’os qui ont été brisés par les mâchoires de l’animal. Ils ont des formes angulaires, ce qui signifie qu’ils n’ont pas été digérés par les acides gastriques de l’animal. Ceci tend à prouver que la nourriture ne passait pas beaucoup de temps dans l’estomac de ce type de dinosaure carnivore.

Un article d’Andé Holbecq.

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